Exposition “Paroles d’animaux”
22.05 - 21.06.2025
COMMISSARIAT : Laure Boucomont & Marguerite Pilven
AVEC : Gilles Aillaud, Anonymes Inuits, Mathilde Cazes, Gaëlle Chotard, Nicolas Darrot, Marc Deneyer, Thomas Lanfranchi, Christine Lefebvre, Olivier Leroi, Mark Lyon, Maude Maris, Lucie Picandet, Chloé Poizat, Sylvain Roche, Pier Sparta, Virginie Yassef
« La couleuvre émerge de la touffe d’aspic, l’esquirol, à l’abri
de sa queue en panache, court, un gland dans la main ;
la belette darde son museau dans le vent ; une goutte
de sang brille au bout de sa moustache ; le renard lit
dans l’herbe l’itinéraire des perdrix. »
Jean Giono, Colline
Concevoir une exposition portant sur l’animal, c’est peut‑être commencer par réaliser que la parole produit un monde uniquement à l’image de la pensée humaine. Ce constat est ancien, et les questions qu’il pose contemporaines des premières formes d’« humanisation des forces » et des pouvoirs organisés qui ont interprété la nature¹. Dès le Paléolithique, les humains ont réalisé des rituels d’invocation d’un monde perdu, un monde d’avant sa séparation avec l’animal et d’avant l’histoire humaine. Ce franchissement symbolique de la coupure irrévocable les a appelés à recourir à d’autres langages qui sont ceux de l’art : peinture, danse, chant.
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Si l’espèce humaine a imposé son ordre, asservi les animaux et la terre qu’ils ont en commun, une petite minorité d’entre eux « endosse la responsabilité de la population animale », non dotée de parole². Les peuples chasseurs font des offrandes à leurs proies, les chamanes intercèdent pour écouter leur message, éviter leur courroux. Parfois conteurs et poètes, les paysans aiment leurs bêtes dont ils sont aussi les soigneurs et détiennent les secrets. Les artistes ici choisis poursuivent en quelque sorte cette tradition qui consiste à « se tenir aux aguets,³ » à « créer pour, à la place de⁴ » l’ensemble de la collectivité des existants. Du silence dans lequel nous avons plongé le monde animal, ils font une matière sensible qui estompe les remparts du logocentrisme, repense les lignes de partage entre notre activité rationnelle et notre sensibilité.
Ils confrontent notre désir d’objectivité et notre besoin de comprendre à un champ émotionnel où la parole se fait plus humble, respectueuse du mystère irréductible auquel nous reconduit l’expérience de notre coexistence avec eux. Ils suggèrent une dimension du vécu animal, évoquant une réalité inhérente à leur expérience qui n’est pas la nôtre et nous retient au seuil d’un monde inaccessible, intraduisible. Dans notre arrogance, la bête est sans histoire, symboliquement et iconographiquement corvéable de tout ce que l’homme a eu besoin de se raconter pour se comprendre. Mais que découvririons‑nous de sa réalité si, quittant les sentiers balisés du langage, nous partions à leur rencontre, modifiant nos comportements pour nous mettre sur un plan de proximité physique avec eux, nous glisser dans un monde de silence et de lenteur, accorder davantage crédit à nos sens et mesurer l’impact du bruit, considérer les traces de leur passage comme « la marque de la vie⁵ » ? C’est ce chemin de traverse, fait d’émotion et de sensorialité, que les œuvres des artistes ici rassemblées nous incitent à envisager, où les qualités d’observation, d’écoute et d’attention font apparaître des aspects du monde animal qui excèdent leur seule représentation naturaliste.
Les peintures, photographies, dessins, sculptures et lithographies choisies nous ont semblé éviter l’écueil des projections humaines pour redonner toute son ampleur à la réalité du monde animal, à leur beauté, et renouveler avec subtilité, poésie, tendresse et humour, les représentations que nous nous en faisons.
Marguerite Pilven
Jean-Louis Schefer, Questions d’art paléolithique, 1999, éd. P.O.L.
Nous nous appuyons sur les remarques de Deleuze commentant la question du « devenir animal », concept clef de sa pensée, dans le cadre de l’Abécédaire qui prend Animal pour lettre A.
Ibid.
Ibid.
Le propos est de Jacques Derrida.
La moitié des bénéfices générés par la vente des œuvres d’art est reversée à l’association Fertile Art afin de financer le budget de production des résidences d’artistes organisées au Domaine de Toury.
Les Artistes
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Né en 1928 et décédé en 2005.
Peintre, théoricien de la figuration narrative, écrivain, scénographe et poète
De « la séquestration silencieuse et impunie¹ » des animaux dans les zoos, Gilles Aillaud a fait tout le sujet de sa peinture avant de se lancer dans un vaste projet de description encyclopédique du monde animal sauvage observé dans son milieu naturel, à l’écart de la civilisation. « L’artiste dessine directement sur la pierre, une matière sensible qui restitue les nuances des crayonnés. Le touché du dessin est là, reproduit sur la pierre, puis sur le papier » (Frank Bordas). Entre 1978 et 2000, ils réalisent ensemble près de 300 lithographies réparties en 4 tomes.
Après des études de philosophie, Gilles Aillaud retourne à la peinture qu’il a pratiquée dès l’enfance. Au début des années 1950, il réalise des collages de matériaux hétérogènes qu’il présente lors d’une première exposition personnelle à la galerie Niepce à Paris. En 1959, il expose au Salon de la Jeune Peinture dont il devient le président en 1966.
A partir de 1963-64, les animaux deviennent un thème de prédilection, seuls dans des zoos, enfermés dans des cages, des enclos, des verrières ou derrières des grilles. Dans la décennie suivante, les animaux sauvages vont occuper toute la production picturale de l’artiste qui se consacre parallèlement de plus en plus à la scénographie et à l’écriture.
Le centre Pompidou lui a consacré une importante rétrospective en 2023.
Son œuvre est présentée par la Galerie Loevenbruck à Paris.
Les mots sont de Gilles Aillaud.
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« Dès 1949, le peintre Canadien James Houston et son épouse Alma s’établissent au cap Dorset dans le sud de l’île de Baffin où ils découvrent le talent de graveur et de sculpteur sur pierre ou sur ivoire des communautés Inuit.
Grâce à l’implication d’Alma auprès de la West Baffin Eskimo Co Op, le dessin et la gravure sur papier vont affirmer l’émergence de femmes artistes dans la communauté Inuit. Depuis 1952 de véritables dynasties de femmes artistes se sont formées, elles réalisent des dessins à l’encre sur papier, tour à tour lunaires et solaires » (T.L)
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Née en 1991, Mathilde Cazes vit et travaille à Mauraz (VD, Suisse).
Photographe
L’artiste a fait de la proximité avec l’animal un projet de vie en s’installant en pleine nature avec ses chiens. Dans ses photographies, elle suggère une dimension du vécu animal. Elle évoque une réalité inhérente à leur expérience du territoire qui n’est pas la nôtre et nous retient au seuil d’un monde inaccessible, intraduisible.
Mathilde Cazes est diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2021. Elle a étudié la céramique à la Kyoto City University of Arts en 2020.
« Ma pratique inclut la photographie, la sculpture et l’installation. Mes œuvres questionnent nos relations passées, présentes et futures avec la Nature et les autres êtres vivants et non-vivants qui nous entourent. Ces questionnements me mènent à de multiples réflexions, plus récemment à propos de la disparition des animaux et des insectes. Je demeure à la recherche de lignes épurées oscillant entre une esthétique proche de la pensée japonaise et des images oniriques plus personnelles. »
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Née en 1973, Gaëlle Chotard vit et travaille à Nogent-sur-Marce.
Plasticienne
« Filaments de méduse, branches de genévrier, étendue d’herbe traversée par une brise discrète, mais aussi déchirures, boursouflures et hémorragies », voici quelques images proposées par l’autrice Camille Paulhan pour évoquer cette œuvre mutante, organique et troublante, composée de fils métalliques en inox, de coton, de plâtre et de papier déchiré recouvert d’aquarelle. Rien ne se laisse enserrer, tout est trace, frémissement, rappel de l’infinité des approches sensorielles du monde.
Gaëlle Chotard est diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris en 1998. Elle a réalisé cette année une exposition personnelle au Creux de l’Enfer intitulée « La peau de l’oiseau ». Elle a participé a de nombreuses expositions personnelles et collectives au Musée de Vence, au Carré d’art de Nîmes, au Domaine Pommery à Reims, au Palais des Beaux‑Arts de Lille, à la Villa Bernasconi, Grand‑Lancy/Genève. En 2018, elle a été sélectionnée en duo avec la curatrice Valentine Meyer pour faire une proposition au Drawing Lab. En 2022, la Galerie Papillon lui consacre sa cinquième exposition personnelle.
Les œuvres de Gaëlle Chotard sont présentes notamment dans les collections du FRAC Haute-Normandie et du FNAC. Elle est représentée par la Galerie Papillon, Paris.
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Né en 1972, Nicolas Darrot vit et travaille à Paris.
Plasticien
La représentation de la figure animale a soulevé, chez Nicolas Darrot, toute un ensemble de questions concernant les soubassements de notre humanité : l’apprentissage, la domestication, les mécanismes normatifs et répressifs liés à l’éducation. L’animal est cette espèce vivante dont la précarité éveille aussi tous les fantasmes d’instrumentalisation. Notre regard sur eux dit beaucoup de celui que nous portons sur les plus fragiles et inadaptés d’entre les hommes. Ses œuvres les plus récentes investissent les champs de l’enfance, de l’anthropologie, de l’émotion et de l’affect.
Nicolas Darrot vit et travaille à Paris. Il entre à l’École nationale des Beaux‑Arts de Paris après avoir suivi une première formation à l’École d’architecture de Grenoble.
Il s’impose sur la scène artistique contemporaine au début des années 2000 et devient en 2006 un des premiers artistes à investir le patio de La Maison rouge – Fondation Antoine de Galbert, à Paris en présentant son installation monumentale « Passage au noir ». Il s’ensuit de nombreuses expositions personnelles et collectives, aussi bien en France qu’à l’internationale, telles que : « Bêtes et hommes », Grande halle de la Villette (2007) ; « Bêtes off », La conciergerie, Paris (2012) « Être et à voir », Collection C+J Mairet, Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (2016) ; « Règne analogue », La maison rouge, Paris (2016) ; « Loup y es-tu ? Bestiaire et métamorphoses », Château de Maisons, Maisons-Laffitte (2018) ; « Fête de l’Ours », Musée de la chasse et de la nature, Paris (2018) ; « Cabinets de curiosités », Fond Hélène et Edouard Leclerc pour la culture, Landernau (2019) ; « Hommage à Léonard de Vinci », Château du Rivau (2019) ; « De leur temps », Collection Lambert, Avignon (2020) ; « Ariel », Satoyama Museum of Contemporary Art Kinare, Tokamachi, Japon (2021). Il est représenté par la Galerie C. à Paris et Neufchâtel.
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Né en 1945, Marc Deneyer vit et travaille à Liniers.
Photographe
« L’intelligence présente dans les vols d’oiseaux ou les bancs de poissons m’a toujours profondément fascinée. Répondant à d’invisibles ordres ou d’indiscernables signaux, avec une soudaineté étonnante, les uns comme les autres se dirigent, voyagent, fuient ou ne trouvent leur subsistance qu’à travers une parfaite coordination. Comme si malgré la difficulté des situations traversées, l’harmonie et la beauté des mouvements étaient sans discussion possible à la première place. Malgré les nombreuses thèses scientifiques qui tentent leur explication au prodige, rien ne pourra vaincre mon éblouissement à la vue de ces phénomènes. »
— Marc Deneyer, Trembloux, 8 avril 2025
Marc Deneyer est né à Bruxelles et vit aujourd’hui en France dans la Vienne. Il vient tardivement à la photographie après quelques années passées comme musicien et dessinateur de presse. Il se tourne rapidement vers le paysage et la nature qui vont représenter l’essentiel de ses centres d’intérêt.
Depuis 1984, il expose en Europe et au delà (The Photographers’ Gallery à Londres, Institut Français de Naples, Galerie du Château d’Eau à Toulouse, Galerie Camera Obscura à Paris, Institut français de Tokyo, Sapporo...). En 1985, il publie Paysages Éd. F. R. A. C Poitou-Charentes/La Différence. En 1986, il participe à la mission photographique de la D.A.T.A.R puis de 1987 à 1990 à la mission photographique Les Quatre Saisons du Territoire qui aboutit à plusieurs publications sous le même titre aux éd. de l’Est.
En 2000, il est invité en Résidence à la Villa Kujoyama, Kyoto, Japon (Villa Medicis hors les murs). Il publie Ilulissat en 2001 puis Kujoyama en 2005 dans la collection Textes et Photographies aux éditions Le temps qu’il fait.
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Né en 1964, Thomas Lanfranchi vit et travaille dans le Sud Aquitaine.
Artiste et poète
Depuis 1992, l’artiste réalise de grands volumes en plastique qu’il fait voler dans le ciel, appelés Formes. Ces expérimentations sont vécues comme de possibles extensions de ses potentialités naturelles, à la fois physiques et mentales. Depuis 1988, Thomas Lanfranchi réalise également des dessins sur des enveloppes postales qu’il répartit en six familles : « La voix », « Le cœur », « L’ouïe », « La peau », « L’écho ». Réhaussés à l’encre rouge sang et bleu azur, ils se réfèrent aux organes liés à la prise d’informations issues du monde extérieur, aux formes de la communication humaine et animale.
Thomas Lanfranchi est né en 1964 à Marseille et vit dans le sud Aquitaine. Après des études à l’école d’art de Marseille, il suit en 1991 un post-diplôme à la Düsseldorf Kunst Akademie (Allemagne). Porté par cet enseignement et par une attirance innée pour le ciel, la science-fiction et les phénomènes dit paranormaux, il commence à mettre en place des performances visant à appréhender la matière et les formes par des médiums simples ayant trait à la force psychique et à la concentration de la pensée.
En 1992, a lieu la performance Cube de nuage qui sera présentée aux centres d’arts contemporain le Parvis à Tarbes et le Lait à Albi. En 2007, il est invité à Art France par Stéphane Corréard lors de la FIAC. Il intègre l’année suivante la galerie Semiose à Paris où il réalise sa première exposition personnelle.
En 2021, les Éditions Dilecta publient sa première monographie.
En avril 2022, un premier recueil de ses écrits, Une guêpe dans le K-Way, rencontre du deuxième et troisième type en Gascogne, est publié aux Editions Vanloo suivie par Le Ffandango du Pamplemousse et Les confessions du scotch en octobre 2023.
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Née en 1953, Christine Lefebvre vit et travaille à Bruxelles.
Photographe
Christine Lefebvre a d’abord été enseignante avant de découvrir la photographie en 2005 et de s’y consacrer totalement. C’est à la suite d’un travail humanitaire en Namibie, où elle forme des instituteurs auprès du peuple San, qu’elle décide de se former à la photographie, d’abord via des cours du soir, avant de s’y consacrer totalement. C’est une première expérience d’une série de multiples voyages qui la familiarisent toujours plus avec la nature, les phénomènes géologiques et le monde animal, ainsi que de populations aux vécus étroitement liés à leur environnement. Sa lecture de La montagne de l’âme lui fait explorer la Chine rurale de nombreuses fois, elle voyage aussi en Inde, à Madagascar, en Ethiopie, au Népal, pour ne citer que les pays qui seront les déclencheurs de sujets photographiques. Elle est rentrée il y a peu d’une résidence photographique au Chili, invitée par la conservatrice de la Bibliothèque Nationale de Santiago pour réaliser une exposition dans le cadre de la célébration des 80 ans du Prix Nobel de la poétesse chilienne Gabriela Mistral qui aura lieu en décembre 2025.
De nationalité belge, elle vit et travaille à Bruxelles. Pratique la photographie depuis 2005, elle utilise exclusivement l’argentique et réalise elle-même ses tirages. Elle a exposé aux : Festival « Présence(s) Photographie » Montélimar, 2014 ; Festival « Promenades photographiques » Vendôme, 2014 ; Festival « Les nuits photographiques » de Pierrevert, 2012 ; Galerie 127, Marrakech, 2012 ; Galerie OZ’ART, Tours, 2011 ; Festival de l’image « Les photographiques » Le Mans, 2011. Elle a édité plusieurs livres dont le dernier en 2023, Chroniques de l’oiseau perdu. Elle est représentée par La Chambre claire galerie à Douarnenez.
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Né en 1962, Olivier Leroi vit et travaille à Nançai.
Plasticien
En court-circuitant les formes, et leurs signifiants par des jeux de collage, des inversions entre forme et fond, Olivier Leroi nous sort de l’autorité exclusive de nommer et produit un hiatus temporaire du sens qui touche à l’essence même du langage comme à ce qui lui échappe brièvement, par surprise, et suscite de la présence. Son monde ouvert produit de multiples analogies entre les mondes vivants, il convoque les figures de nombreuses bêtes, aquatiques, terriennes, célestes, domestiquées et sauvages.
Après avoir suivi une formation de forestier en Corrèze, Olivier Leroi a été élève de l'Institut des hautes études en arts plastiques, sous la direction de Pontus Hulten.
Eclairé par cette nouvelle expérience, il a développé un travail de dessin et de sculpture dont le fil rouge est la relation au milieu.
Au cours de ses voyages, Olivier Leroi réalise des «œuvres vécues» avec les habitants des lieux traversés et en témoigne par des photographies et des performances filmées : « Première neige au pays dogon » (Mali), « El Zorro blanco » (Mexique), « La brigade de Chambord » ou encore « Bruno, l’âne et les papillons ».
Olivier Leroi est actuellement exposé dans les jardins et dans le château de Chaumont-sur-Loire dans le cadre de la saison d’art 2025. Il présente aussi l’exposition « L’autre présence » à l’espace culturel du Grand Chambord jusqu’au 20 juin. -
Né en 1952, Mark Lyon vit et travaille en France.
Photographe
Le photographe américain a travaillé pour la presse à New-York et s’est formé dans les années 90 avec Richard Avedon. Sa pratique du portrait se nourrit de la rencontre, d’un dévoilement par l’échange. La photographie ici exposée est le double portrait d’un jeune homme, Rodney et de Wolfgang, son chien. Mark Lyon a remarqué que ce jeune new yorkais gardait toujours Wolfgang dans ses bras lors de ses promenades sur la 8e avenue, ce qui lui a donné envie de donner son portrait à ce couple fascinant.
Né à La Jolla, en Californie, Mark Lyon grandit à New York, s’échappe très jeune en France et se passionne pour les avant-gardes artistiques et littéraires (Proust, les surréalistes, Robert Frank, Diane Arbus…) De 1979 à 1981, il devient co-directeur de la célèbre galerie de photographies Zabriskie. Lieu et temps de rencontres décisives pour lui : Henri Cartier-Bresson, Brassaï, Sophie Calle, Jean-Marc Bustamante... Envahi par cet art, il décide de faire une maîtrise de photographie à Yale où il sera particulièrement marqué par l’enseignement de l’historienne de l’art Rosalind Krauss et commence à travailler pour la presse new-yorkaise. Un workshop avec le photographe Richard Avedon, qui l’incitera à établir des ponts entre ses travaux personnels et de commande, clôt sans doute son apprentissage. Depuis vingt-cinq ans, Mark Lyon vit et travaille en France. Il travaille principalement avec une chambre Deardorff 13x18 cm en bois. Il a publié plusieurs ouvrages, PURE, en 2004, Le Collectionneur en 2008, accompagné d’une exposition à la fondation Zervos, Fantasma de carne en 2012, Les jardins de la Pirotterie en 2016.
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Née en 1980, Maude Maris vit et travaille à Paris.
Peintre
Des animaux de la ferme, chevaux, vaches, chiens, moutons, elle restitue la lenteur un peu lourde des bêtes d’élevage, la proximité de leurs souffles et de leurs flancs dont on sent la chaleur, l’odeur. L’interaction n’est plus langagière, culturelle, sociale mais intime, haptique, pastorale. Elle fait également ressentir cette intemporalité à laquelle nous renvoie le monde animal, indifférents aux modes et aux évolutions techniques, par des références à l’univers des représentations pariétales ou populaires.
Diplômée de la Kunstacadémie de Dusseldorf (Allemagne) et de l’École des Beaux-Arts de Caen, Maude Maris a été représentée par la galerie Praz-Delavallade qui lui a consacré deux expositions personnelles en 2021 et 2023.
Elle a participé à l’exposition « le jour des peintres » au musée d’Orsay en 2024 ainsi qu’à de nombreuses expositions collectives dont « Monomania », atelier Michael Woolworth, Paris ; « Bise » à la Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles, « Beautés » au Frac Auvergne en 2023. -
Née en 1982, Lucie Picandet vit et travaille à Fontainebleau.
Peintre et sculptrice
Travaillée par ce qu’il est possible d’exprimer, ou de faire voir, sa cosmologie picturale n’a rien d’une fantasmagorie hors sol. La peintre fait au contraire le choix de s’enraciner dans l’organicité du corps qui nous relie à l’ensemble du vivant. De sa série des Paroles qui peut rappeler des sceptres (elle a réalisé un autre ensemble d’œuvres intitulés « les sceptres »), elle écrit : « ces mains d’animaux levées pour donner leur parole d’honneur et laissant ainsi voir à l’intérieur de leur paume, l’intimité de leur rapport au monde, singulier, qu’il s’agisse de la terre qu’il faut creuser, du bois de l’arbre qu’il faut griffer ou de l’eau dans laquelle il faut glisser pour y habiter… »
En parallèle de son cursus aux Beaux-Arts de Paris, Lucie Picandet a également suivi des études de philosophie, théologie et esthétique. Lauréate du prix Emerige en 2015 et du Prix Drawing Now en 2019, elle a pris part à des expositions dans d’importantes institutions dont l’Irish Museum of Contemporary Art de Dublin ou la Fondation d’entreprise Hermès à Paris. En 2018, elle présentait son travail au Palais de Tokyo. Elle est représentée par la galerie Georges Philippe & Nathalie Vallois où elle a réalisé plusieurs expositions personnelles en 2018, 2021 et 2024.
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Née en 1970, Chloé Poizat vit à Paris et travaille au Pré Saint-Gervais.
Artiste
Son univers graphique fait se rencontrer les formes minérales, végétales et animales dans des processus évolutifs, des remous métamorphiques, où émergent des créatures, des paysages, des concrétions rocheuses, liées entre elles par l’impressionnante fluidité de son dessin. Plus rien n’est hiérarchisé, seuls des paires yeux marquent un arrêt, leur fixité nous reconduisant soudain à la question des taxinomies, des catégories. Qui regarde qui ? On navigue dans le répertoire infini des formes que prennent le vivant, entre émerveillement, interrogation anxieuse et drôlerie provoquée par ce qui nous en rapproche ou nous en différencie.
Chloé Poizat a effectué ses études aux Beaux-Arts d’Orléans. À partir des années 1990, elle collabore en qualité d’illustratrice indépendante avec la presse et l’édition (Libération, Le Monde, The New-York Times, The New-Yorker…) tout en poursuivant son travail de plasticienne. Depuis une dizaine d’années elle se consacre exclusivement à sa pratique artistique.
Sa pratique se fonde sur l’assemblage, sans frontière de mediums. Faisant dialoguer des fragments (dessins, peintures, sculptures, photographies, sons), elle créé des mondes fictionnels parcellaires où le grotesque, le rêve, la peur et l’étrange sont omniprésents. Une part de son travail prend également forme à travers l’édition, avec des artzines, des livres ou des multiples.
Elle est représentée par la galerie Modulab à Metz.
En 2024, elle participe à plusieurs expositions collectives « Une inquiétante étrangeté » à Aponia lieu d’art contemporain, Monestier sur Gazeille « Sous l’écorce des pierres », centre des arts de Douarnenez. En 2022, elle réalise deux expositions personnelles « Ce que voient les yeux d’ombres » à la Maison des arts du Grand Quevilly et « Glissando » à la galerie Modulab à Metz.
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Né en 1983, Sylvain Roche vit et travaille à Paris.
Sylvain Roche peint des oiseaux pour redonner de la figure à l’abstraction. Parce qu’il n’a pas la complexité de l’humain, voir apparaître l’oiseau dans les traces de pinceaux, lui permet d’inventer un nouveau point de vue, une autre perspective. La peinture, dans sa matérialité, se tient bien là devant le spectateur, elle a sa vie propre et c’est à sa surface que se réfère l’artiste lorsqu’il en évoque la qualité sensible. Elle permet d’appréhender le monde d’une façon différente. Le tableau (fait surface d’un réel qui n’en a pas. Elle) est chez lui un endroit ambivalent, entre un état réel, matériel, et un espace fantasmé. S’il s’impose au regardeur par sa matérialité, il approche aussi un état d’éther vaporeux, volatile, dissoluble qui vise une quintessence.
Sylvain Roche est diplômé des Beaux Arts de Saint Etienne, sa première exposition personnelle a lieu à la Galerie du Haut Pavé en 2021. Il est co-fondateur de Subito radio avec d’autres contemporains. En 2020, il réside à L’H Du Siège, à Valencienne. Il a participé à plusieurs expositions collectives, en galerie et dans plusieurs institutions comme le Frac Auvergne, le Musée des Beaux Arts de Libourne, le musée de Ville-franche sur Saône, la galerie ICI à Paris.
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Né en 1995 en Bourgogne et d’origine sicilienne, Pier Spartà se forme aux Beaux-Arts de Toulouse puis aux Beaux-Arts de Paris dont il sort diplômé en 2021. Via des sculptures d’artistes contemporaines comme Thomas Schütte ou Mark Manders, il réalise l’impact de la sculpture figurative, redécouvre la sculpture médiévale bourguignonne et celle de la Renaissance italienne. La chute d’un tilleul centenaire dans une maison d’artiste l’a incité à réaliser, dans le bois de cet arbre symbole d’hospitalité, un ensemble sculpté de figures animales et humaines formant un théâtre de protagonistes d’allure hiératique et naïve, où les animaux semblent parfois sur le point de se mettre à parler.
Pier Sparta est nommé aux révélations Emerige en 2022 et intervient la même année à Vent des Forêts en Lorraine. Il a récemment exposé à l’Hôtel des Arts de Toulon, à l’Institut français de Madrid et au Havre.
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Née en 1970, Virginie Yassef vit et travaille à Paris.
« Virginie Yassef tisse un lien entre la vie quotidienne à Istanbul coulant sous l’ombre du grand tremblement de terre attendu et le sommeil profond des chiens errants qui dorment à chaque coin de rue malgré l'extrême agitation et le bruit de la ville. La caméra suit les mouvements de respiration des chiens endormis et les réflexes oniriques de leurs pattes en sommeil paradoxal, en se concentrant sur des fragments de leur corps comme objets d'observation, tandis que les séquences de rêve, ralenties et colorées par des effets visuels, proposent un changement de perspective en imaginant la subjectivité des chiens depuis l’intérieur, par une transmission des rêves. »
— Galerie G.P et N. ValloisVirginie Yassef est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Elle a exposé au Jeu de Paume à Paris, à La Galerie – Centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, au Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson à Noisiel. Elle a participé à « La Force de l’art 02 » au Grand Palais ainsi qu’à plusieurs programmations officielles de « Nuit Blanche » à Paris en 2011, 2013 et 2016. Ses spectacles ont été programmés à la Gaîté Lyrique (Paris), au festival tjcc du T2G et à la Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne la Vallée. En 2021, elle est aussi lauréate du programme Mondes Nouveaux. Elle est représentée par la Galerie Georges Philippe et Nathalie Vallois.
Photographies de Sarkis Torossian